Adama Paris: Se réaliser soi-même pour permettre la réalisation du grand nombre.

Hello mes « Elle »,

Nous recevons aujourd’hui Adama Paris, créatrice de mode, organisatrice de la Black Fashion Week à Dakar, Paris, Montréal, Bahia et Directrice de la chaîne de mode « Fashion Africa » diffusé sur Canal +.  Nous avons eu l’occasion de la rencontrer autour d’une interview pendant laquelle nous avons découvert une femme avec des ambitions et une vision. Par ailleurs, elle donne son avis sur les difficultés que rencontre la mode africaine de nos jours et les solutions qu’il serait possible d’y apporter.

La vision d’Adama nous a particulièrement marquée parce qu’elle nous montre qu’il n’y a aucune limite hormis celles que nous nous fixons. Devant les barrières qui se sont dressées sur son chemin, elle s’en est frayée d’autres. Toutes ses entreprises sont des réponses aux rejets dont elle a été confrontée. Son parcours, elle se l’est forgée et façonnée. N’est-ce pas là une belle philosophie ?  Pour en savoir davantage sur cette femme d’influence, je vous livre l’interview…

 My « Elle » Pages interviewe Adama Paris. 

 

MP: Bonjour Adama Paris. 

AP: Bonjour.

MP: C’est un plaisir pour My « Elle » Pages de vous accueillir. Pouvez-vous vous présenter ? 

AP: Je suis sénégalaise et je suis créatrice de mode depuis maintenant 15 ans. Je suis aussi productrice d’évènements comme la Dakar Fashion Week qui aura 15 ans l’année prochaine, les Black Fashion Week à Paris, à Bahia, à Montréal et j’ai créé aussi, il y’a deux ans, la première chaîne de télé dédiée à la mode qui s’appelle Fashion Africa Channel.

MP: Aujourd’hui vous êtes à la tête de toutes ces entreprises comment faites-vous pour les gérer depuis 15 ans aujourd’hui ? 

AP: Toutes mes entreprises sont très fortement liées à la mode. C’est juste qu’on couvre des choses différentes. La télé permet de promouvoir et montrer à 46 pays, des milliards de personnes ce qu’on fait dans nos évènements et les évènements permettent de donner une plateforme aux créateurs et à moi-même pour être vus. Tout ce que je fais est connecté.

MP: Du fait de cette imbrication, ça vous facilite votre gestion ? 

AP: Oui mais parce que nos entreprises sont liées à nos besoins à nous. Personnellement en tant que créatrice, je voulais défiler mais il n’y avait pas de défilés qui voulaient de moi, j’en ai créé; j’ai créé la Black Fashion Week et après je voulais être sur Fashion Tv, elle me faisait payer alors j’ai créé une chaîne. À chaque fois que je rencontre un problème, Dieu m’a donné la possibilité, une force de pouvoir atteindre mes objectifs et surtout de pouvoir créer des entreprises qui sont viables et qui créent aussi une plus value, un positionnement pour nous les créateurs africains, pour les femmes. Et même pour nous les africains parce que la chaîne n’est pas regardée que par les femmes. Maintenant je suis très fière de la chaîne, deux ans et on est sur le bouquet canal. On est entre canal+ et TV5, les géants de l’Afrique, des millions de vues par semaine. Donc oui, je suis contente mais on travaille beaucoup. Ce n’est pas seulement de la chance. C’est de la réussite qui est liée vraiment à beaucoup de travail.

MP: Vous avez créé une chaîne dédiée à la mode africaine, quel était but de cette création? 

AP: Le but était de m’offrir une visibilité qui me manquait. Parce que nous avons des évènements comme @ethnotendance qui ne sont vus qu’en France mais aucune télé francaise ou même africaine ne les montre. On est quand même la seule à montrer ces évènements et ça a permis à ces évènements, les créateurs d’être vus. Comme je l’ai dit, on est dans 46 pays d’Afrique lusophone, francophone et anglophone via Canal +. En plus de ça, on est sur un bouquet américain qui permet en Amérique de voir ce qui se fait parce qu’il y’a une forte communauté africaine. Donc la télé est très importante pour tous les acteurs de la mode. Vous pouvez voir une Fashion Made in Africa mais aussi une Fashion Made par la dispora. On peut voir tout ce qui concerne les coiffures afro, une mode finalement qui me ressemble et une mode que nous consommons nous-même. À la télé, on ne verra pas Dior ni de Gucci. Jamais une grosse marque étrangère. On fait une mode pour les Africains et pour les Noirs. Même quand on montre les choses de l’étranger, ce sont des choses qui concernent l’Afrique.

MP: J’ai eu l’occasion de parcourir votre site et j’ai vu que vous répertoriez des évènements différents de différents lieux ? 

AP: Ça c’est pour offrir encore une fois aux blogueuses, aux gens qui s’intéressent à la mode une visibilité parce que la mode était très confidentielle. Une personne comme vous, habitant en France ou en Belqique ne sait pas ce qui se passe en Afrique. Ce sont des informations gratuites qui devraient être à la portée de tout le monde. Effectivement quand on a créé la chaîne, on a pris la décision de contacter tous les évènements et de les répertorier. En plus, comme maintenant la télé est très connue en Afrique, beaucoup d’organisations nous contactent pour répertorier gratuitement les dates de tous les événements.

MP: C’est la difficulté que l’on rencontre le plus souvent. Quand on cherche des évènements liés à la mode européenne c’est facile mais à la mode africaine c’est difficile

AP: On ne trouve pas assez d’informations. Il n’y a pas de sites web valables. On essaie de tous les répertorier. Même les évènements de la diaspora : Ethno Tendance, le Labo, Africa Fashion Week New York, on essaie en tout cas, dès qu’on a l’information de la mettre à la portée des blogueuses ou même juste des gens qui veulent voir. Cette télé a pour vocation d’informer, de montrer le Made in Africa dans toutes ces coutures: autant la coiffures, les ongles; dans tout ce qui est beauté et mode.

MP: Avec le recul que vous avez sur les métiers de la mode, quel est, selon vous, le plus gros problème que rencontre ce secteur aujourd’hui?

AP: La production et la distribution. C’est ça le plus gros problème qu’on retrouve parce qu’il y’a des évènements comme le Labo, comme les Fashion Week qui permettent à des niveaux différents aux créateurs de faire des défilés. Après, c’est le business qui est derrière qui fait qu’on est limité. On n’a pas assez d’usines qui produisent des quantités suffisantes pour répondre à une demande internationale. On n’a pas de canaux de distributions et les créateurs sont laissés à eux-mêmes. On n’a pas de structures comme les Galeries Lafayette qui peuvent distribuer et vendre. On n’a pas de boutiques multi-marques assez grandes qui peuvent permettre aux créateurs de pouvoir vendre et d’en vivre. Pour moi c’est la production et la distribution qui devraient être notre prochaine étapes.

MP: On voit de plus en plus la mode africaine se développer, il y’a pas mal d’évènements, peut être que c’était déjà le cas mais on n’en avait pas connaissance?

AP: Non, non, ça évolue. Ce n’était pas le cas. Maintenant ça évolue. Il y’a beaucoup d’évènements mais ça ne suffit plus. Il faut produire, distribuer et vendre parce que si on ne vend pas, on n’en fait pas son métier, on quitte le secteur juste fait pour de l’apparat.

MP: Nous avons pu admirer vos créations sur le podium de l’Ethno Tendance Fashion Week qui étaient totalement à l’opposé de celles du Labo International…

AP: oui avec des silhouettes fluides…

MP: Oui. Et là c’est complètement à l’opposé. Comment vous l’expliquez?

AP: Alors moi mon processus de création, je ne sais pas si les gens aiment beaucoup mais mon processus est fortement lié à moi. Dans le sens que je suis ce que j’ai envie de faire. La dernière fois, j’avais envie de fluidité, là, j’ai envie de modernité, j’ai envie de cocooning, de m’habiller pour l’hiver. Voilà, ça dépend vraiment de mon humeur, de mon mood. Je ne crée pas des choses qui se ressemblent dans le temps. À chaque collection, j’exprime mon état du moment.

MP: Vous êtes moins dans la tendance?

AP: Ah non, je ne suis absolument pas dans la tendance. Moi, je ne suis absolument pas dans la tendance. Après c’est à tord ou à raison, on peut toujours trouver des choses à redire mais je ne suis absolument pas dans la tendance, je m’en fiche complètement. Je fais ce qui me plaît au moment où ça me plaît, en répondant aussi à un besoin à moi en tant que femme. Je crée en pensant, ah mais qu’est ce que je veux dans mon closet? qu’est ce que j’ai envie de faire cette année. J’avais envie de faire des habits d’hiver, jolis, avec des coupes très modernes et qui tiennent chaud. C’est rare parce que j’habite en Afrique où on fait très peu de coupes chaudes. Cette collection est vouée vraiment à l’occident surtout à l’Amérique. On va vendre cette collection capsule à New York. Il fait très froid. Je voulais habiller les femmes pendant cette période de fraîcheur mais d’une façon élégante. j’espère que ça va plaire.

MP: Si je peux donner mon opinion, effectivement je les ai trouvé très modernes et qui alliaient du contemporain mais aussi du futuriste.

AP: C’est ça. Mon objectif était de faire quelque chose entre ancien-soul-futurist and mind. Vous avez vu, j’ai mis du cauri. Dans les légendes ancestrales africaines les cauris sont l’image de la protection, de la déesse de la protection. Je voulais mettre en avant ce côté protection, afro d’une part et les coutures matelassées et le coté futuriste d’autre part.

MP: J’ai aimé le long manteau et je trouvais subtile de mettre quelques cauris comme ça en guise de boutons. J’ai trouvé ça extrêmement joli.

AP: Je voulais le côté futuriste de la matière matelassée et des touches d’africanité avec le cauris.

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MP: Après l’Ethno Tendance Fashion Week, quelle sera votre actualité ?

AP: Oh moi ça bouge, là je rentre, je vais à Lagos pour la GTBank Fashion Week. La GTBank est une banque qui organise maintenant sa Fashion Week. Il était sponsor officiel de Lagos Fashion Week-end Design, elle s’est retirée pour organiser eux-même leur Fashion Week. Après, je vais en Angola pour la Angola Fashion Week. Après, peut être, la Black Fashion Week. On n’a pas encore la salle donc je n’ai pas envie de donner les dates mais certainement en décembre et si ça ne se fait pas en décembre, on repoussera à l’été prochain. J’ai trois Fashion Week : Lagos, Angola et Kinshasa, un défilé privé que j’organise.

MP: Aujourd’hui quels conseils donneriez-vous aux créateurs de mode et toutes les personnes qui veulent promouvoir la mode africaine ?

AP: Alors le conseil, il y’a tellement de conseils à donner mais je pense que les personnes qui veulent débuter, le meilleur conseil, c’est de faire ce qu’on a envie de faire. De ne pas essayer de suivre les autres. De faire ce qu’on veut ou d’amener une originalité, ça va faire sortir du lot. On a tous tendance à faire la même chose et moi j’attends des nouveaux d’amener quelque chose de nouveau. Après la mode ça se renouvelle mais d’amener cette petite folie ou originalité qui fait qu’on va sortir du lot. De faire finalement selon soi-même, de suivre sa voie. C’est quelque chose d’important surtout pour les jeunes qui arrivent. De ne pas essayer de faire comme Adama ou comme d’autres. C’est essayer de se créer sa place. Ce n’est que comme ça, en étant différent qu’on se peut survivre dans cette jungle de la mode. Mais surtout de se faire voir parce que tous les gens qui font des choses qui se ressemblent finalement ne sortent pas du lot.

Collection capsule Adama Paris à L’Ethno Tendance Fashion Week Brussels 2016 et vendu au USA.

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Nous remercions Adama Paris de son passage sur My « Elle » Pages, du temps qu’elle a bien voulu nous accorder en toute simplicité.

Mesdemoiselles, vous pouvez accéder à l’ensemble des créations de cette femme de talent en consultant le site http://www.adamaparis.com ou encore sur Facebook: @adamaparis Chaîne Tv: http://www.fashionafrica.tv

Bisou, bisou…

My « Elle » Pages.

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