D’Ines Ngono Kede à Ineska Créations : Une marque concept store.

Le mardi 15 novembre 2016 nous avons rendu visite à Ines Ngono Kede dans sa boutique au 33 rue du Romarin Lyon 01. Nous avons découvert l’univers chic de la créatrice Ineska Créations. Notre passage a également été l’occasion d’une interview où nous avons pu découvrir ou redécouvrir la jeune femme à la tête d’Ineska :  son parcours pour le moins singulier. En bonus, elle nous parle de l’avenir de sa marque ; un concept innovant que nous attendons avec impatience.

Leçons d’entreprenariat selon Ines Ngono Kede. À vos stylos, prêtes ? Lisez…

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Crédit photo : @ineskacreations

MP: Bonjour mademoiselle Ines Ngono Kede. 

INK: Bonjour

MP: Bienvenue sur My « Elle » Pages et merci du temps que vous nous consacrez. Dites-nous, qui êtes-vous ? 

INK: Je m’appelle Ines. Je suis originaire du Cameroun. Je suis arrivée en France à l’âge de 16 ans et demi et j’ai fait des études en communication et stratégie des marques, j’ai fait un master spécialisation /stratégies des marques. Par la suite, j’ai lancé ma marque de vêtements Ineska Créations et aujourd’hui vous êtes dans ma boutique que j’ai ouvert, il y’a 2 ans et 9 mois.

MP: Avez-vous effectué des études de stylisme ? 

INK: C’est une grande, grande passion. En fait, depuis l’enfance, j’ai toujours été passionnée par le milieu de la mode. J’avais un don particulier pour le dessin. J’imaginais mes dessins qui étaient particulièrement axés sur la femme. Loin des dessins classiques, c’est vraiment de la création pure et dure que je faisais. Après, j’ai suivi la voix du coeur mais ce n’était pas mon domaine de prédilection à la base.

MP: À quel moment décidez-vous de vous consacrer à la création de vêtements ? 

INK: Quand je grandissais, j’ai appris qu’être couturière-styliste, ce n’est pas un métier. Ce métier est à la merci de tout le monde donc forcément, peu lucratif. Donc du coup moi j’ai fait des études générales et ensuite je suis arrivée en France. J’ai commence un petit peu à m’intéresser à ce qui se faisait en stylisme. J’allais poser des questions pour savoir si le métier était évident, si on pouvait s’en sortir. Ils m’ont répondu que ce n’était pas évident et qu’il fallait faire un métier à coté. J’ai tenté une année en médecine qui ne m’a pas du tout plu. Je suis même allée en Allemagne pour la faire et je me suis aperçue que ce n’était pas du tout ce que je voulais faire. Je suis revenue en France et c’est là que j’ai intégré la fac Lyon 2 et j’ai commencé les études de communication. Et à partir de ce moment là, il y’a une anecdote qui m’a poussée à revivre cette passion. Je revenais d’un petit village où j’avais sollicité un couturier pour me confectionner quelques robes personnelles que j’avais créée et je les avais dans ma valise. Une collègue, une très bonne amie à moi qui le savait a ouvert la valise par mégarde et les a renversée. Ma prof qui a vue la scène, nous a demandé ce qu’il y’avait dans la valise puisqu’on s’activait pour les ranger et ma collègue lui a dit que ce sont mes créations. Elle s’est vraiment intéressée à ce que je faisais et m’a dit :  » écoute, vu que je suis la prof principale et que je peux vous prendre en stage, je vais vous demander d’organiser un défilé au sein de la fac. Voilà j’ai organisé mon premier défilé avec mes toutes premières créations au sein de l’Université Lyon 2. C’est comme ça que j’ai commencé mes premiers pas dans la mode. Bien entendu, on commence toujours avec beaucoup d’erreurs mais on se forge sur le terrain. Au fur et à mesure, j’ai pris goût et j’ai continué à organiser des défilés un peu partout.

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Crédit photo : @ineskacreations

MP: Depuis combien de temps exactement exercez-vous cette profession ? 

INK: Concrètement, je vais dire que ça fait six ans bientôt. Six ans que je suis dans la mode et si je peux me le permettre, ça fait bientôt 3 ans maintenant que je pratique le métier à temps plein.

MP: Quand avez-vous ouvert la boutique et comment vivez-vous cette entreprise ? 

INK: Alors, j’ai ouvert la boutique en 2014. Officieusement en février 2014 mais officiellement mars 2014. Pourquoi officieusement? Parce que j’avais réussi à signer le bail, j’ai ouvert la boutique en février mais j’ai fait l’inauguration au mois de mars, le temps d’informer le petit réseaux que j’avais déjà réalisé. Comment je le vis ? Déjà l’entreprenariat n’est pas quelque chose de facile. En tant que femme déjà, ce n’est pas facile, femme noire, c’est encore plus complexe. Je suis quand même fière de moi si je peux me le permettre parce que je n’imaginais pas que j’allais arriver jusque-là. Je pars quand même d’un domaine que je ne connaissais pas à la base et j’ai appris sur le tas. Donc aujourd’hui, je suis fière de ce que j’ai pu mettre en place.

MP: Vos parents, avec du recul, comment perçoivent-ils votre entreprise ? 

INK: J’ai une phrase que je dis souvent à mes parents. Je leur dis, je vous aime mais je m’aime aussi. Là, j’ai décidé de suivre ma voie et de toute façon, j’ai fait ce qu’il voulait et grâce à eux, j’ai acquis quand même des bases en marketing. Ce qui est quand même très important. La majorité des stylistes, souvent, n’ont pas cette base là et sont souvent un peu dans le monde imaginaire. Vendre, c’est quelque chose qui est extrêmement important et quand on n’a pas cette base, on est souvent perdu.

MP: Pourquoi vous avez fait le choix d’appeler votre marque Ineska Créations ? 

INK: Dans Ineska, il y’a mon prénom Ines. KA c’est le son des deux premières lettres de mon pays qui est le Cameroun. La lettre K c’est la première lettre de mon nom de famille qui est Kede. C’est un jeu de lettres et de mots. À travers Ineska, il y’a un besoin de rester neutre, c’est-à-dire que je ne souhaite pas revendiquer mes origines mais je souhaite les partager. C’est pourquoi je n’ai pas choisi un nom qui tout de suite va sonner trop africain ou trop européen. D’ailleurs, vous m’avez demandé pourquoi je l’ai choisi. C’est pour créer la curiosité. Quel est ce nom qui sonne un peu russe et qui cache derrière une africaine ?

MP: Comment définiriez-vous la femme Ineska création ? 

INK: La femme Ineska Création…, certains m’ont demandés pourquoi je n’ai pas continué les femmes rondes dans mes créations. Je leur ai expliqué que la femme ronde souvent n’aime pas se voir. Du coup, j’ai supprimé cette femme ronde et j’ai laissé « une femme classique qui permet de se projeter ». Une femme mince va se projeter sur une femme mince mais une femme ronde ne se projettera jamais sur une femme ronde, mais sur une femme mince. Donc la femme Ineska est une femme qui est ouverte d’esprit déjà, qui n’a pas de complexe sur son physique, qui aspire à se faire belle, à s’habiller. Elle n’a pas peur de montrer ses formes et va au-delà de ses complexes. Elle adore les produits raffinés, recherchés, naturels avec le petit détails qui la démarquent.

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Crédit photo : @ineskacreations

MP: Vous nous invité à un évènement le 24 novembre 2016 « À la découverte d’Ineska Créations » Pourquoi organisez-vous cet évènement? 

INK: Depuis deux ans et demi, je suis dans la mode à plein temps mais j’avais une autre passion aussi et je pense que je l’avais enfouie complètement, c’était la cuisine. Quand j’étais enfant, j’avais tendance à utiliser mon argent de poche pour faire des gâteaux. D’ailleurs, je me faisais disputer par mes parents parce que je passais ma vie à faire que ça. Donc j’avais déjà envie de toucher à tout ce qui concernait la gourmandise. Cet évènement, c’est une sorte de porte ouverte pour présenter le concept que je veux mettre en place l’année prochaine qui est un concept store. L’idée est de réunir deux univers qui sont le plus souvent opposés mais qui se complètent. Donc on a la partie mode qui propose le côté caprice, on prend soin de soi et on a la partie gourmandise qui est plutôt le voyage, l’attente et l’invitation à se faire plaisir. Je souhaiterai à travers cet évènement d’une part présenter mon travail puisque j’y fais aussi une robe spéciale que je présenterai pendant cet évènement là. C’est une robe sur laquelle nous avons posé plus de 200000 perles à la main et on va intégrer sur une partie de la robe des lumières. On va présenter ce travail auprès de ceux qui me suivent déjà et pour faire découvrir les inspirations qu’il y’a derrière tous les détails. C’est important d’expliquer aux gens ce qu’on fait. Cependant, souvent dans mon travail, les gens ne voient que le produit mais ne réalisent pas qu’il y’a tout un travail imaginaire derrière. C’est pour cette raison que je l’expliquerai lors d’une exposition photo pour qu’ils puissent complètement être baignés dans mon univers et leur présenter les coffrets que je vais mettre en place l’année prochaine; des produits gourmands que moi j’appelle afro-gourmand puisque ce sont des produits liés aux parfums d’Afrique qui sont composés de confitures, de thé, du nectar, des liqueurs, des produits gourmands mais orientés Afrique. C’est une porte ouverte autour de la gourmandise et de la mode pour officialiser le concept qui sera mise en place l’année prochaine.

MP: Est-ce qu’il y’aura une retrospective de votre carrière? 

INK: La retrospective je pense que j’en ai tellement fait que je pense que mes clients ont besoin, aujourd’hui, de savoir où je vais. Quand une entreprise se crée, on la découvre, on la suit mais on a besoin aussi de savoir ce qui va se passer après. C’est comme si je dévoilais mon intimité et j’informe ma clientèle de ce que je prévois de faire pour elle l’année prochaine.

MP: Pour aborder la rubrique création, quel a été le processus pour créer la robe lumineuse ?

INK: Depuis bientôt 4 ans, je travaille avec les ateliers Brochier Soieries et Bianchini Ferier qui ont longtemps travaillés avec des marques comme Dior, Chanel et qui les fournissent en textiles. Moi je collabore avec eux sur différents projets et j’utilise leur matières et j’ai sollicité Brochier pour réaliser une robe lumineuse. Les tissus lumineux faits à partir de LED qui sont intégrés dans du textile qui permet de faire des vêtements lumineux . Moi, j’ai fait cette robe là, pas complètement à partir de ce tissu là mais il y’avait qui y était intégré. J’ai également utilisé des LED en dessous pour pouvoir illuminer la robe. La robe a été travaillée en soie et ensuite j’ai intégré les lumières pour donner un effet lumineux et m’intégrer à la fête des Lumières qui a lieu à Lyon.

MP: Vous intégrez beaucoup la soie comme matériau de création, pourquoi avez-vous  opté pour ce matériau ? 

INK: Je trouve qu’avec la soie, on arrive à avoir un très beau tombé pour les robes, une belle texture. C’est une matière noble. Quand vous venez d’Afrique et que vous avez l’habitude de travailler le tissu africain, travailler la soie, c’est excitant de le toucher, le travailler. C’est extraordinaire.

MP: Derrière cette question se cache une autre. Pourquoi retrouve-t-on peu de pièces avec le tissu africain dans vos créations ? 

INK: Le tissu wax en fait, son problème, c’est que tout le monde l’utilise. Tous les créateurs l’utilisent, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Le problème, c’est que lorsqu’on veut créer quelque chose d’originale, avec une matière telle que le tissu wax, on ne peut que solliciter des fabricants qui peuvent créer un tissu exclusif sinon ce sera reproduit facilement. Ça c’est quelque chose qui me dérange particulièrement. Par ailleurs, je ne voulais pas faire du tissu africain quelque chose d’éphémère. C’est une matière que j’utilise à l’inspiration. Je ne veux pas que ce soit mon identité. Je suis une personne ouverte et je tiens à m’adapter à toutes les femmes. Travailler le tissu africain serait me condamner dans un univers, que le marché africain. Je ne veux pas que ce soit un effet de mode, j’ai envie que ça reste quelque chose dans la durée. Quand je l’utilise, c’est pour faire des choses extraordinaires. Quand je l’utilise, c’est vraiment à l’inspiration. Mais aussi, selon les tissus, les robes n’ont pas le même tombé. Ce n’est pas pareil. Il faut savoir qu’au delà de l’imprimé, il y’a le côté coton qui se porte plus facilement en hiver ou en été avec des tenues un peu plus légère, mais en robe de soirée, il faut vraiment avoir de l’imagination, bien le travailler, ce qui demande énormément de temps. C’est pour cela que je l’utilise que lorsque j’ai une grande et belle inspiration.

MP: Vous avez participé à la Fashion Week 2015-2016 à Vancouver, quel(s) souvenir(s) gardez-vous de cette expérience ? 

INK: Très, très belle expérience. J’en garde un souvenir positif. J’avais vraiment envie de la faire cette fashion week car c’était la concrétisation de tout le travail que j’ai effectué jusque là. Ce qui me reste ce sont les contacts. Il y’a quelque chose qui a été important pour moi. C’est à mon  retour du Canada que j’ai eu l’idée de créer ce concept store. J’ai eu l’occasion de visiter la ville et j’ai vu la façon dont les créateurs travaillent là-bas. On rentrait dans des magasins qui unissaient des univers différents. J’ai carrément découvert un qui était extraordinaire. C’était un restaurant haut de gamme dans lequel il y’avait un magasin de mode. J’ai adoré. Je l’ai trouvé intéressant et je m’en suis inspirée. Je dirai aujourd’hui que mon concept est anglo-saxon, inspiré du Canada, des Etats-Unis. À chaque fois qu’on me demande, qu’est ce qui a inspiré le concept que je veux mettre en place aujourd’hui, je réponds que ce sont mes origines parce que j’ai grandi au Cameroun quand même. Le fait d’avoir vécu en France et le fait d’être allé au Canada sont les éléments déclencheur. J’en garde un très, très bon souvenir et beaucoup de contact aussi.

 

MP: Avec ces six années d’expériences, quel est le souvenir qui vous a le plus marqué et que vous voulez partager avec nous ? 

INK: L’ouverture de la boutique parce que je ne m’imaginais pas que j’allais passer d’études générales à une boutique de mode qui allait complètement à l’opposé de ce qui était prévu à la base. Aujourd’hui, j’aspire à agrandir et à developper l’entreprise.

MP: Quel est selon vous, le point à améliorer dans ce métier ? 

INK : Ce qu’il faut savoir c’est que le milieu haut de gamme est un milieu assez complexe. On a très peu de place à la légèreté. On ne peut pas se permettre de tout faire parce qu’on a une sorte de cloisonnement. On ne peut pas s’écarter comme on veut. Il faut toujours être dans le côté sobre, très fermé, très carré et je me suis aperçue que ce n’était pas moi. Je suis plutôt du genre un peu « fofolle ». J’avais l’impression de jouer un rôle. Aujourd’hui, j’ai envie de décomplexer le luxe. On peut aussi bien vendre une robe à 500 euros, 3000 euros, 12000 euros et rester dans la simplicité, la légèreté et l’ouverture d’esprit. J’ai, par exemple, des clientes qui passent devant la boutique et n’osent pas entrer parce qu’elles pensent qu’elles n’ont pas le budget. Je leur dis si vous voulez essayer des robes, essayez et après vous partez, parce que c’est aussi un plaisir. Ça on ne les retrouve pas dans les magasins de luxe. On a souvent L’impression qu’on ne peut pas toucher le produit. Je reste dans un positionnement haut de gamme mais je dis que c’est ouvert à tout le monde et on n’a pas besoin de l’acheter pour considérer qu’on fait partie de ceux qui en ont les moyens.

MP: Par quels moyens pouvons-nous accéder à tes créations ? 

INK: Vous avez ma page Facebook @Ineskacreations ou mon site internet http://www.ineskacreations.com où vous pourrez voir une partie de mon travail et voir ce que je réserve pour l’année 2017. C’est également possible de me suivre par newsletter en bas de page sur mon site. Vous enregistrez votre mail et vous recevrez les newsletters et les invitations aux évènements.

Nous remercions Ines de son passage sur My « Elle » Pages et du temps qu’elle nous a consacrée. Un moment fort en apprentissage et très agréable. Merci.

Quant à vous mes « Elle », on continue notre beau voyage avec d’autres « Elle » très bientôt…

Bisou, bisou…

My « Elle » Pages.

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